C'était hier!

J’étais là abasourdie sur ce pont qui traversait la Loire, lui était un policier dans l’exercice de ses fonctions et les mots qu’il venait de prononcer me tétanisait, Pourquoi m’avait-il arrêté, aujourd’hui je n’en sais toujours rien. Je marchais avec mes amies sur ce pont et regardait couler l’eau…

Nous étions trois copines, jamais il ne nous serait venu à l’idée de lancer des pierres, ou bien de cracher. Nous n’avions que 17 ans et nous étions venues en vacance dans la maison de campagne d’une de nos amies. Seules et non majeurs, avec du recul je me dis que c’est sans doute la raison qui a fait que ce policier nous a interpellé.

A  cet époque la majorité était à 21 ans, mais nos parents réciproques nous connaissaient et savaient que nous ne ferions rien d’inconcevable. Mon père nous avait emmené et il allait revenir nous chercher. A l’époque Saint-Rambert était une petite bourgade, maintenant c’est la banlieue de Saint-Etienne. Nous étions livré à nous mêmes pendant trois jours. C’était une de nos plus grandes escapades seules, bien entendu.

Mais revenons à cette drôle de rencontre, nous étions là sur ce pont, nous revenions d’une petite balade nocturne le long de la Loire et nous étions allées voir la fête du village, mais il n’y avait personne et nous rentrions après avoir reçu une pluie d’été.

Nous devisions tranquillement lorsque trois policiers dans une estafette se sont arrêtés à notre hauteur:

Bonjour Mesdemoiselles

Bonjour

Savez-vous qu’il ne faut pas se promener seule

Moi: Nous ne sommes pas seule, nous sommes trois.

Un silence s’ensuit…

La portière du conducteur s’entrouvre et un policier légèrement bedonnant descend et se met face à nous. Les deux autres plus jeunes sont goguenards.

Que nous veut cet énergumène me dis-je? Nous avons été fort polie, pour ma part je me suis juste amusée à lui répondre d’un ton ironique, cela ne vaut pas d’être réprimandé.

En ces temps-là on avait énormément de respect pour tout un chacun, et encore plus pour la police.

Le plus âgé nous demande nos papiers d’identité, lorsque maintenant je me remémore ces instants je trouve que cela fait cliché voire réplique de cinéma.

Nous n’en n’avions pas!

– Où habitez-vous? Qui êtes-vous? D’où venez-vous?

Mon amie chez qui nous habitions pour ces trois jours leur répond le plus calmement possible.

Nous sommes dans la maison d’enfance de ma maman et elle leur dit le nom de famille.

Un silence de plus, puis le chef lui répond, ah j’ai connu votre mère et sa sœur , j’allais à l’école voisine de la leur et nous revenions ensemble  . Votre maman se prénomme  Aimée ou bien c’est Anne?

Anne

Votre grand-père possédait l’unique entreprise de “passementiers”

Oui

Ah j’étais à 21 ans fort amoureux d’elle, mais elle n’a pas voulu de moi. Je ne devais pas être assez riche

Pendant que le dialogue s’instaure entre ce policier et mon amie je pense en mon for intérieur que l’on ne va pas passer notre temps à l’écouter se plaindre, eux ils ont du travail, nous, nos autres amies nous attendent. Je fais mine de m’éloigner, mais les deux plus jeunes surgissent brutalement de l’estafette et me barre le chemin:

– Halte! On ne passe pas!

J’hausse les épaules, ils en deviennent comiques. Leur chef intervient:

– J’en n’ai pas finis avec vous, mais comme il est fort tard je vous laisse en compagnie de mon collègue; et accompagnés par le second ils s’en vont.

L’autre a deux petits yeux fort près l’un de l’autre, des sourcils épais, une moustache très fine, en un éclair je revois Hitler, j’en ai froid dans le dos, les cheveux coupés ras, il n’inspire pas la sympathie. Il laisse partir mes deux amies, mais elles ne vont pas loin, elles n’ont pas envie de me laisser seule avec ce type , même si c’est un policier, elles n’ont pas confiance.

Savez-vous Mademoiselle ce qu’un policier peut faire à des jolies jeunes filles qui se promènent seules sur un pont à la tombée de la nuit.

– Je n’ai nul envie de le savoir, ce qui m’intéresse c’est le repas qui m’attend dans la maison d’enfance de mon amie.

Mademoiselle un policier a droit de vie ou de mort sur vous, soit je vous offre une violette, soit je vous emmène au violon , soit je vous viole. et aujourd’hui je vais faire les trois V!

Après ces trois phrases j’aurai pu paniquer, bien que tremblante je ne laisse rien paraître, l’estafette vient de revenir, les deux autres attendent, ils ne vont tout de même pas m’emmener de force, certes ils le pourraient, mais mes amies crieraient, y aurait-il dans cette rue déserte une personne pour nous venir en aide.Impossible personne ne se déplacerait, ils ont la force et la loi pour eux. Je suis donc à sa merci. Que lui répondre, rien serait peut-être la meilleure solution.

Alors une idée subite m’a traversé l’esprit, certainement que j’ai été crédible puisqu’ils m’ont laissé

Savez-vous ce que vous répond la petite fille et fille d’un commissaire de police, l’autre est devenu d’une pâleur mortelle, j’ai cru qu’il allait faire sur lui, mais je n’ai pas baissé la voix et je l’ai bien regardé dans les yeux en lui disant:

Avez-vous envie d’être dégradé et mis en prison, alors essayez seulement de toucher un cheveu de ma tête et je ne donne pas cher de votre peau. 

Je revois encore la course effrénée du jeune policier et l’estafette s’en est allée dans la nuit.

 

Aujourd’hui quand je repense à cette drôle d’aventure, je me dis que mon imaginaire m’a sauvé la vie, car ils étaient fort déterminés et je pense qu’ils nous auraient violés.

Mon grand-père et mon père n’ont ni l’un ni l’autre été dans la police mais cette idée m’a sauvé la vie.

Surtout qu’a cette époque et dans la région il y avait des viols non élucidés…Je sais qu’en revenant nous en avions parlés à nos parents réciproques, et nous ne sommes jamais revenues dans la maison d’enfance de mon amie….

 

 

 

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